Les Coulisses10 août 2026Lecture : 3 min
80% d'informel : ce que le guichet unique change - et ce qu'il ne change pas

Se formaliser, c'est payer des impôts. Mais c'est aussi pouvoir emprunter, signer un contrat, répondre à un marché public, embaucher légalement. Tant que le second terme de l'équation reste théorique, l'informel gagnera.
Le chiffre est brutal : le secteur informel représente encore près de 80 % de l'activité économique en République centrafricaine, selon les estimations reprises par le gouvernement. D'autres évaluations, citées notamment autour du Salon national de l'entrepreneuriat féminin, situent la part des activités informelles autour de 70 %. Dans les deux cas, le constat est le même : l'économie visible, celle qui figure dans les statistiques et paie l'impôt, n'est que la partie émergée.
L'outil de sortie existe depuis longtemps. Le Guichet unique de formalités des entreprises (GUFE) a été créé par le décret n°07.371 du 17 décembre 2007. Il centralise les formalités de création, de modification et de cessation d'activité, et revendique aujourd'hui plus de 14 645 entreprises créées depuis sa mise en place. Les procédures ont par ailleurs été partiellement dématérialisées, avec la délivrance d'un certificat d'immatriculation unique et d'un numéro d'identifiant unique.
Les réformes récentes ont produit des résultats mesurables. Le ministre du Commerce et de l'Industrie, Thierry Patrick Akoloza, met en avant une réduction de cinq jours du délai de création d'entreprise, accompagnée d'une baisse du coût des formalités. Il chiffre à 728 le nombre d'unités créées sur le seul premier trimestre 2025, avec une prévision d'environ 2 000 emplois associés. Sur un an, à ce rythme, l'ordre de grandeur reste modeste au regard de la population active, mais la tendance est claire.
Le second progrès est géographique, et il est peut-être plus important. Le 17 septembre 2024, une antenne déconcentrée du GUFE a été inaugurée à Bambari, dans la Ouaka : la première hors de Bangui depuis la création du dispositif en 2007. Elle s'inscrit dans un projet d'appui au secteur privé porté avec le PNUD, sur trois ans, ciblant les jeunes, les femmes et les personnes déplacées dans la Haute-Kotto, la Ouaka et Bangui, et associant la diaspora centrafricaine. Le message envoyé est simple : un entrepreneur de province n'a plus à faire 400 kilomètres pour immatriculer son activité.
Mais l'administration ne suffira pas. Laurence Nassif, président du Groupement interprofessionnel de Centrafrique, place le débat sur un autre terrain : la confiance. Selon lui, relancer l'initiative privée suppose de travailler l'image du pays - sans la tronquer -, de développer les infrastructures, de garantir la fourniture en énergie et d'entretenir un dialogue régulier entre l'État et le secteur privé. Autrement dit, la formalisation ne se décrète pas : elle s'achète par des contreparties.
Ces contreparties sont identifiables, et elles constituent l'agenda concret des prochaines années. Un entrepreneur formalisé doit pouvoir accéder au crédit bancaire - c'est l'objet du Fonds national de garantie et d'investissement, que nous détaillons dans un article dédié. Il doit pouvoir répondre à la commande publique, ce qui suppose des marchés découpés en lots accessibles aux PME. Il doit bénéficier d'une fiscalité lisible et progressive plutôt que d'un contrôle imprévisible. Et il doit disposer d'une comptabilité tenable, ce qui renvoie à la formation.
Notre position éditoriale est de ne pas opposer les deux mondes. L'informel n'est pas une déviance : c'est une réponse rationnelle à un environnement où le coût de la légalité dépassait longtemps son bénéfice. Le travail du média sera d'expliquer, étape par étape, ce que la formalisation apporte réellement, ce qu'elle coûte, et de vérifier si les promesses - délais raccourcis, coûts réduits, accès au financement - se vérifient sur le terrain, à Bangui comme à Bambari.
À retenir. Le secteur informel représente près de 80 % de l'activité économique en RCA. Le GUFE, créé par décret en décembre 2007, revendique plus de 14 645 entreprises créées ; le délai de création a été réduit de cinq jours et le coût abaissé, avec 728 unités créées au premier trimestre 2025 selon le ministère du Commerce. Une première antenne hors de Bangui a ouvert à Bambari le 17 septembre 2024, avec l'appui du PNUD et l'implication de la diaspora. La formalisation ne progressera durablement que si elle ouvre l'accès au crédit, à la commande publique et à une fiscalité prévisible.
Sources : GUFE-RCA/ Investir en Centrafrique/ Africa24 TV
