Les Talents africains25 août 2026Lecture : 4 min
Bangui Sporting Club : le club qui a mis la Centrafrique dans la ligue africaine de la NBA

Les deux trophées de champion d'Afrique remportés par la Centrafrique ont disparu. Le talent, lui, est resté. Et un club de Bangui vient de le rappeler à tout le continent.
Commençons par la mémoire, parce qu'elle explique tout. La République centrafricaine est double championne d'Afrique de basket-ball : en 1974, à domicile, en battant le Sénégal 72-67 en finale ; et en 1987, à Tunis, en dominant l'Égypte 94-87. Ce second titre lui a ouvert les portes des Jeux olympiques de Séoul en 1988. Le pays a aussi été la première nation d'Afrique subsaharienne à se qualifier pour une Coupe du monde FIBA, en 1974. Quant aux deux trophées, une vérification menée par la cellule #StopATènè de Radio Ndeke Luka a établi qu'ils étaient introuvables - il s'agissait en réalité de répliques remises aux dirigeants de l'époque, et les circonstances de leur disparition restent inexpliquées.
Depuis, la chute a été rude : la sélection pointait à la 78ᵉ place mondiale et à la 10ᵉ place africaine au moment de sa dernière fiche d'équipe publiée par la FIBA, avec une 11ᵉ place à l'AfroBasket 2017 comme meilleur résultat récent. Le talent, lui, n'a jamais disparu, la FIBA elle-même le soulignait.
C'est dans ce contexte qu'apparaît Bangui Sporting Club. Le club est fondé en 2017 sous le nom de GIBA-BCAGS, à l'initiative de Cyrille Damango, ancien joueur professionnel et international centrafricain. Il devient Bangui Sporting Club en avril 2022. Sa progression est méthodique : troisième du championnat de la Ligue de basket-ball de Bangui dès sa première participation en 2019-2020, finaliste du tournoi de présaison en 2021-2022, vainqueur de la Coupe de l'indépendance 2022, puis champion de Bangui. L'ambition, affichée sur le site du club, dépasse d'ailleurs le seul basket : le projet associatif couvre le football, le handball, le volley, le badminton, l'athlétisme, la boxe et le handisport.
Le premier assaut vers la Basketball Africa League - la ligue continentale lancée en 2019 conjointement par la NBA et la FIBA - échoue de peu : en 2022, le club remporte sa zone à Yaoundé mais termine quatrième de l'Elite 16 à Abidjan. Il revient l'année suivante mieux armé, ayant notamment recruté des joueurs confirmés du continent et confié l'équipe à l'entraîneuse australienne Liz Mills pour la phase qualificative.
Le déclic a lieu à Yaoundé, en novembre 2023. Bangui Sporting Club bat les champions libyens d'Al Ahly Benghazi 87 à 85, alors qu'il a été mené tout le match, jusqu'à treize points d'écart. Un panier de différence, et la qualification. Le club remporte ensuite la division Ouest et devient le premier club de République centrafricaine à se qualifier pour la phase finale de la BAL. Il y disputera la saison 2024, terminant troisième de la conférence Nile.
Ce qui rend cette histoire instructive, c'est sa banalité apparente : sept ans, une académie, un championnat local, une coupe, puis l'Afrique. Aucun miracle, aucune manne extérieure - un club, un fondateur, une méthode. C'est exactement le récit que ce média veut mettre en avant, dans le sport comme dans l'agro-transformation : les réussites centrafricaines sont rarement spectaculaires au départ, elles sont cumulatives.
Il faut cependant regarder l'autre face, sans complaisance. Le sport centrafricain reste chroniquement sous-financé, et cela se voit dans les détails. En avril 2026, la RCA n'a pu envoyer que deux athlètes au Championnat d'Afrique de taekwondo à Tunis — Patrick Doui et René Christophe Alazoula, tous deux évoluant à l'étranger. Selon le directeur technique adjoint de la fédération, Justin Blaise Oulandi, ils ont payé eux-mêmes leurs billets et ont concouru sans entraîneur, la délégation initialement prévue ayant été annulée faute de moyens. Aux Jeux olympiques de Paris 2024, la délégation centrafricaine comptait quatre athlètes dans trois sports, emmenée par les porte-drapeaux Terence Tengue (natation) et Nadia Matchiko Guimendego, judokate franco-centrafricaine née à Nantes qui a choisi en 2020 de concourir sous les couleurs du pays de ses parents - championne d'Afrique en 2022 à Oran, médaillée de bronze aux Jeux africains de 2023 à Accra, médaillée d'argent aux championnats d'Afrique 2024.
La conclusion est double, et elle est optimiste. D'abord : le vivier existe, en basket comme ailleurs, et il n'attend qu'un cadre. Ensuite : ce cadre n'a pas besoin d'être somptueux pour fonctionner - Bangui Sporting Club en apporte la preuve. Un club structuré, une gouvernance claire, un championnat régulier et quelques partenaires privés suffisent à ramener la Centrafrique sur la carte continentale. Le sport est aussi une industrie : billetterie, droits de diffusion, sponsoring, maillots, formation, emplois d'encadrement. Bangui Inside compte bien le traiter comme tel - sans oublier de savourer un panier gagnant à deux points près.
À retenir. La Centrafrique est double championne d'Afrique de basket (1974 face au Sénégal, 1987 face à l'Égypte) et première nation d'Afrique subsaharienne qualifiée pour une Coupe du monde FIBA ; les deux trophées sont introuvables. Bangui Sporting Club, fondé en 2017 par l'ancien international Cyrille Damango, est devenu en 2024 le premier club centrafricain à disputer la Basketball Africa League, après avoir battu Al Ahly Benghazi 87-85 à Yaoundé en novembre 2023. En face, la fragilité financière demeure : en avril 2026, deux taekwondoïstes centrafricains ont dû financer eux-mêmes leur déplacement au Championnat d'Afrique de Tunis, sans entraîneur.
Sources : FIBA/ Radio Ndeke Luka/ Bangui Sporting Club/ Radio Guira/ NewsBasket-Beafrika
