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Les Talents africains22 août 2026Lecture : 4 min

Bantou d'Or, Tî-ï, Perroquets : la culture centrafricaine cherche son modèle économique

Photo : Filmfreeway

On peut faire un film à Bangui. On peut remplir un stade. Ce qu'on peine encore à faire, c'est vivre de son métier d'artiste toute l'année. Voilà le vrai sujet de l'économie créative centrafricaine.

Il existe désormais à Bangui un festival de cinéma structuré et reconnu. Créé en 2020 par la cinéaste centrafricaine Sylviane Gboulou et porté par l'Association centrafricaine pour la promotion audiovisuelle et le développement (ACPAD), le Festival international du film africain et afro-descendant « Bangui Fait Son Cinéma » (BFSC) se tient chaque année dans la capitale. Il décerne les « Bantou d'Or », organise des ateliers, des conférences et un marché du film, le MaFAD. Il ne se limite pas à la Centrafrique : il est ouvert aux cinéastes de toutes nationalités.

C'est aussi, concrètement, une opportunité ouverte. Selon le règlement publié pour l'édition en cours, les inscriptions se font exclusivement via la plateforme officielle du festival avant le 31 août 2026 ; les œuvres doivent avoir été achevées après le 31 décembre 2024 ; les catégories couvrent le long métrage de fiction, le court métrage, le documentaire, la série télévisée et le film d'animation ; la sélection officielle sera annoncée à partir du 15 septembre 2026 et les copies de projection devront être fournies avant le 15 octobre 2026, sous-titrées en français si la langue originale ne l'est pas. Pour un jeune réalisateur centrafricain, c'est une échéance à noter dès aujourd'hui.

Le paysage ne se limite pas au cinéma. Du 4 au 10 avril 2026, la cinquième édition du Tî-ï Festival s'est tenu au stade des 20 000 places de Bangui, une semaine consacrée aux cultures africaines, réunissant artistes, artisans, stylistes et musiciens autour d'expositions, de prestations et de stands de savoir-faire local, sous l'impulsion de sa promotrice Idylle Mamba. Fin juin 2026, la compagnie théâtrale Les Perroquets de Bangui annonçait de son côté son départ pour deux festivals panafricains - un signal de circulation des œuvres qui compte autant qu'un prix.

Ces événements ont un point commun, et c'est la principale fragilité du secteur : le financement. En septembre 2025, le premier Festival franco-centrafricain d'arts scéniques déployait dix jours de spectacles gratuits, plus de soixante événements à Bangui et à Sibut, grâce au fonds Équipe France géré par l'ambassade de France et opéré par l'Alliance française de Bangui. Il était présenté comme le dernier grand projet culturel financé par ce dispositif. Autrement dit : une programmation dense, mais adossée à une source de financement appelée à s'éteindre.

Cette dépendance a une conséquence économique directe. Un festival financé par un bailleur est un événement ; une filière financée par un marché est une industrie. Le passage de l'un à l'autre suppose des briques que la RCA construit à peine : des salles et des lieux de diffusion, des droits d'auteur effectivement collectés et redistribués, des circuits de distribution, des producteurs capables de monter un plan de financement, et des débouchés au-delà des frontières nationales.

Le potentiel, lui, est documenté à l'échelle continentale. Les industries culturelles et créatives génèrent en moyenne plusieurs dizaines de milliards de dollars de revenus chaque année en Afrique, comme nous l'avions détaillé dans un précédent article, et les institutions panafricaines les considèrent désormais comme un moteur possible d'industrialisation. La Centrafrique dispose de la matière première : musique, danse, conte, artisanat d'art, mode inspirée des tissus locaux, gastronomie, patrimoine. Ce qui manque relève de l'aval, exactement comme dans le bois ou l'agriculture.

C'est pourquoi ce média traitera la culture comme un secteur économique et non comme une rubrique de divertissement. Concrètement : combien d'emplois derrière un festival ? Quels revenus pour les artistes ? Quel budget, quelles recettes de billetterie, quels partenaires privés ? Combien de films centrafricains produits par an, et vendus à qui ? Poser ces questions, ce n'est pas dévaloriser la création : c'est la prendre au sérieux, et donner aux jeunes créateurs des repères pour en faire un métier.

À retenir. Le festival Bangui Fait Son Cinéma, créé en 2020 par Sylviane Gboulou et porté par l'ACPAD, décerne les « Bantou d'Or » et anime un marché du film (MaFAD) ; les inscriptions à l'édition en cours courent jusqu'au 31 août 2026, pour des œuvres achevées après le 31 décembre 2024. Le Tî-ï Festival s'est tenu du 4 au 10 avril 2026 au stade des 20 000 places de Bangui, et la compagnie Les Perroquets de Bangui s'est envolée en 2026 vers deux festivals panafricains. La fragilité du secteur reste le financement : le Festival franco-centrafricain d'arts scéniques de septembre 2025 était présenté comme le dernier grand projet culturel soutenu par le fonds Équipe France. Le chantier prioritaire : droits d'auteur, lieux de diffusion, distribution et modèles de production.

Sources : Banguifaitsoncinema/ Radio Ndeke Luka/ Mbeti Media