Mercredi 19 août 2026
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À la une62 % d'analphabétisme : le vrai goulot d'étranglement de l'économie centrafricaine

Le Scanner du Business17 août 2026Lecture : 3 min

Diamant : l'embargo est levé, la valeur reste à capter

Photo : RNL/Jean-Fernand Koena

Un diamant brut vendu à Bangui et un diamant taillé vendu à Anvers ne sont pas le même produit. Entre les deux, il y a un métier, une école, des emplois - et une différence de prix considérable. C'est toute la question centrafricaine.

Rappelons d'abord la séquence. En mars 2013, après le renversement du président François Bozizé, le Processus de Kimberley suspendait les exportations de diamants bruts centrafricains. L'embargo a été partiellement levé en 2015 puis en 2018, mais les deux tiers des 24 zones minières diamantifères recensées restaient sous sanction. C'est à la réunion plénière de Dubaï, en novembre 2024, que le Processus de Kimberley a décidé la levée complète, après onze ans de restrictions.

L'effet de l'embargo lui-même mérite d'être regardé sans complaisance. Dans un rapport publié à la mi-2025, l'International Peace Information Service (IPIS) conclut que l'interdiction n'a pas réussi à perturber le financement des groupes armés. Elle a en revanche alimenté un marché noir dominé par la contrebande et laissé de côté les communautés dépendantes du diamant. Le constat rejoint une réalité antérieure à la crise : dès 2010, au moins 30 % des diamants quittaient déjà illégalement le territoire, alors même que les exportations officielles représentaient 11 % des recettes fiscales.

L'ordre de grandeur de la perte se lit dans les statistiques d'exportation. En 2011, deux ans avant le coup d'État, la Centrafrique exportait officiellement environ 323 575 carats pour près de 29,7 milliards de FCFA. En 2023, la production déclarée s'établissait à 107 857 carats, générant, selon les déclarations présidentielles, de l'ordre de 550 000 euros de taxes. Le pays produit donc trois fois moins qu'avant la crise - et ce qu'il produit rapporte très peu au budget de l'État.

Derrière ces chiffres, il y a une population. Le nombre de travailleurs sur les sites miniers de RCA est estimé, de manière prudente, entre 150 000 et 200 000 personnes ; dix préfectures sur seize produisent de l'or, neuf du diamant. Avant la crise, un ancien ministre des Mines estimait que le secteur du diamant faisait vivre directement ou indirectement un quart de la population. C'est une économie de subsistance à grande échelle, presque entièrement artisanale, et presque entièrement tournée vers l'exportation de pierres brutes.

C'est là que se situe le débat économique, et il dépasse de loin la question de l'embargo. Exporter du brut, c'est laisser à d'autres la taille, le polissage, la certification, la vente au détail - c'est-à-dire l'essentiel de la valeur. Les pistes existent et sont documentées ailleurs sur le continent : centres d'expertise et d'évaluation permettant aux artisans de connaître la valeur réelle de leur production, coopératives d'exploitants pour peser dans la négociation, écoles de taille et de joaillerie, systèmes de traçabilité crédibles. Aucune ne fonctionne sans confiance dans l'administration minière.

Le sujet touche aussi directement les recettes publiques, dans un pays où l'analyse de risque de Coface pointe à la fois une forte dépendance à quelques matières premières - bois, or, diamant - et l'impact de l'extraction illégale et de la corruption sur les finances de l'État. Formaliser la filière artisanale n'est donc pas seulement une question de développement local : c'est une question budgétaire. Chaque carat qui sort par un circuit officiel finance des écoles et des routes ; chaque carat qui sort par la brousse ne finance rien.

Notre position est claire et elle vaut engagement : ce média suivra la filière minière avec les mêmes exigences que les autres - chiffres officiels d'exportation, recettes fiscales encaissées, nombre de zones effectivement conformes, conditions de travail sur les sites. La levée de l'embargo est une bonne nouvelle. Elle ne devient une bonne nouvelle économique que si la valeur reste, au moins en partie, dans le pays.

À retenir. Le Processus de Kimberley a levé, lors de sa plénière de Dubaï en 2024, l'embargo imposé aux diamants bruts centrafricains depuis 2013. Selon l'IPIS, cet embargo n'avait pas empêché le financement des groupes armés et avait nourri la contrebande. Les exportations officielles sont passées d'environ 323 575 carats en 2011 à 107 857 carats en 2023. Entre 150 000 et 200 000 personnes travaillent sur les sites miniers du pays. L'enjeu désormais : capter la valeur localement - évaluation, coopératives, taille, traçabilité - plutôt que d'exporter uniquement du brut.

Sources : IPIS/ Agence Ecofin/ VOA Afrique/ Ministère des Mines et de la Géologie de RCA