Le Scanner du Business12 août 2026Lecture : 3 min
Garantir pour prêter : le pari du Fonds national de garantie centrafricain

La banque ne refuse pas toujours un projet parce qu'il est mauvais. Elle le refuse souvent parce qu'elle ne peut pas se couvrir. Un fonds de garantie s'attaque exactement à ce blocage-là.
Le diagnostic est ancien et partagé dans toute la sous-région : les PME sont marginalisées sur le marché du crédit. Les banques de la CEMAC leur consacrent une part réduite de leurs concours, non par hostilité, mais parce que les exigences de garanties matérielles - titre foncier, hypothèque, nantissement - sont hors de portée de la plupart des entrepreneurs. En République centrafricaine, où l'essentiel du tissu économique est informel et faiblement capitalisé, cette contrainte est particulièrement paralysante.
C'est à cette difficulté que répond le Fonds national de garantie et d'investissement (FNGI). L'idée avait été annoncée le 15 septembre 2025 par le ministre de l'Économie, Richard Filakota, lors de la table ronde consacrée au Plan national de développement 2024-2028, tenue à Casablanca. Le fonds a ensuite été lancé opérationnellement le 21 mai 2025 à Bangui. Deux banques ont paraphé les premiers accords de participation : Ecobank Centrafrique et la Banque populaire maroco-centrafricaine.
Le dimensionnement, lui, est clair. Le fonds est annoncé avec un capital cible de 10 milliards de FCFA, dont 3 milliards mobilisés en première phase. Il bénéficie de l'appui financier de la Banque mondiale à travers le projet I-COMPETE, doté de 30 millions de dollars sur cinq ans - soit près de 16,7 milliards de FCFA.
Le mécanisme mérite d'être expliqué simplement, parce qu'il est souvent mal compris. Un fonds de garantie ne prête pas d'argent. Il s'engage à couvrir une partie de la perte que la banque subirait si l'entreprise ne remboursait pas. Cette couverture permet à la banque d'accorder un volume de prêts supérieur à l'enveloppe de garantie, généralement deux à trois fois. En théorie, les 3 milliards de FCFA mobilisés en première phase pourraient donc soutenir entre 6 et 9 milliards de FCFA de financements bancaires. C'est l'effet de levier.
Deux garde-fous ont été annoncés, et ils comptent autant que le montant. D'une part, la gouvernance : le fonds doit être soumis à la supervision du régulateur bancaire et à un dispositif de suivi-évaluation indépendant, avec une liste de secteurs exclus. D'autre part, la tarification : selon le ministère des Finances, le modèle économique cherche un équilibre entre la couverture du risque pour les banques et un coût supportable pour les entreprises, sans encourager des comportements imprudents. Le cabinet A2F Consulting a été retenu pour définir les priorités sectorielles et affiner les procédures.
Reste la part qui revient à l'entrepreneur, et c'est là que ce média peut être le plus utile. Une garantie ne remplace pas un dossier. Concrètement, il faut : une entreprise formalisée et immatriculée ; des états financiers, même simples, tenus sur au moins un exercice ; des relevés retraçant les flux de l'activité, y compris via mobile money ; un plan d'affaires chiffré indiquant à quoi servira le prêt et comment il sera remboursé ; et des devis pour les équipements financés. Un dossier bancable, ce n'est pas un beau projet : c'est un projet documenté.
Notre lecture reste prudente et solidaire. Prudente, parce que les fonds de garantie africains ont une histoire contrastée : certains ont réellement débloqué le crédit, d'autres ont servi quelques dizaines de dossiers avant de s'assoupir. Solidaire, parce que l'outil est le bon et que son succès se mesurera à des indicateurs publics simples, que nous réclamerons : nombre de garanties émises, volume de crédits effectivement décaissés, taux de sinistralité, part des femmes et des entreprises de province. Bangui Inside publiera ces chiffres dès qu'ils seront disponibles.
À retenir. Le Fonds national de garantie et d'investissement, lancé à Bangui en mai 2025, vise 10 milliards de FCFA de capital, dont 3 milliards mobilisés en première phase, avec l'appui du projet I-COMPETE de la Banque mondiale (30 millions de dollars sur cinq ans). Ecobank Centrafrique et la Banque populaire maroco-centrafricaine sont les premiers partenaires. L'effet de levier attendu porterait 3 milliards de garanties à 6-9 milliards de crédits. Un fonds de garantie ne dispense pas d'un dossier solide : formalisation, comptabilité, plan d'affaires chiffré et devis restent indispensables.
Sources : Sika Finance/ EcoMatin/ Agence Ecofin/ Oubangui Médias
