Les Coulisses19 août 2026Lecture : 4 min
Starlink, 4G, fibre : la connectivité progresse, le prix reste le juge de paix

La bonne nouvelle : la Centrafrique n'a jamais eu autant d'options pour se connecter. La question qui reste : à quel prix, avec quelle électricité, et pour quel usage productif ?
Commençons par les faits récents. Le 18 décembre 2025 à Bangui, le gouvernement centrafricain a signé une convention avec Starlink, filiale de SpaceX, autorisant le déploiement de ses services d'internet par satellite sur l'ensemble du territoire ; la signature côté centrafricain a été portée par le ministre de l'Économie numérique, des Postes et Télécommunications, Justin Gourna Zacko. Le service a été officiellement annoncé comme disponible le 16 mars 2026. Lors de la signature, le président Faustin-Archange Touadéra avait mis en avant l'enseignement à distance, la télémédecine et l'accès à l'information.
Le contexte explique l'enthousiasme. Les données de DataReportal font état de 2,49 millions d'abonnements mobiles à fin 2025, soit un taux de pénétration de 38,1 %, et d'environ 670 000 utilisateurs d'internet. L'Union internationale des télécommunications indiquait qu'en 2023, les réseaux 2G et 3G couvraient environ 59,6 % de la population, tandis que la couverture 4G n'atteignait que 0,3 %. Le lancement commercial de la 4G n'a en effet débuté qu'en 2025 et reste en phase de déploiement. Dans un pays de cette taille, avec des préfectures entières hors réseau terrestre, le satellite répond à un besoin réel.
Le régulateur, lui, prépare l'outil qui pourrait changer la donne en zone rurale. L'Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP) a inscrit parmi ses priorités 2026 la mise en œuvre effective du fonds de service universel, prévu par la loi n°18.002 du 17 janvier 2018 et précisé par un décret de février 2019. Ce fonds doit financer la fourniture de services de communications électroniques à l'ensemble de la population, indépendamment de la localisation, à un coût abordable. Le budget 2026 de l'ARCEP a été présenté le 15 avril à 6,2 milliards de FCFA, soit environ 11,2 millions de dollars.
Ces briques s'ajoutent à un chantier plus ancien : la dorsale nationale à fibre optique, composante centrafricaine du projet régional Central African Backbone (CAB). C'est dans ce cadre qu'un centre de formation digitale et un incubateur de start-up ont été inaugurés le 15 janvier 2024 à l'Université de Bangui, avec un financement conjoint de l'Union européenne et de la Banque africaine de développement, en même temps qu'était lancé le haut débit dans le pays.
Vient maintenant la partie moins commentée : le coût. Depuis plusieurs semaines à la mi-2026, les usagers d'Orange Money en Centrafrique constatent une hausse des frais appliqués aux transferts et aux retraits, prélevée directement sur leurs comptes, sans explication publique claire sur l'origine de la décision. Le sujet n'est pas anecdotique. Pour une commerçante qui encaisse et paie ses fournisseurs par mobile money, chaque point de commission est une ponction sur une marge déjà mince. À l'échelle du continent, la GSMA a recensé environ 1 432 milliards de dollars transitant par les comptes de mobile money en Afrique en 2025, en hausse d'environ 27 % sur un an : l'outil est devenu une infrastructure économique, et sa tarification devient de fait un sujet de politique publique.
Le second frein est cognitif, et la GSMA le documente pour plusieurs pays africains : une faible culture financière numérique reste un obstacle majeur à l'adoption, en particulier chez les femmes. Un service accessible techniquement mais incompris ne produit aucun effet économique. C'est la raison pour laquelle des initiatives locales de formation - comme celles menées à Bangui autour du développement informatique et de la sensibilisation des jeunes filles aux métiers du numérique - comptent autant que les infrastructures.
La conclusion que nous défendons ne change pas : le numérique est un outil, pas une fin. Un kit satellite dans un chef-lieu de préfecture n'a de valeur que s'il y a de l'électricité pour l'alimenter, un modèle économique pour le payer, et un usage productif au bout - un centre de santé, une coopérative qui suit ses prix, un lycée, un bureau de collecte agricole. Bangui Inside suivra trois indicateurs concrets : le prix mensuel réel de la connexion pour un usage professionnel, le déploiement effectif de la 4G hors de Bangui, et la mise en place - ou non - du fonds de service universel en 2026.
À retenir. Starlink a signé une convention avec le gouvernement centrafricain le 18 décembre 2025 et son service a été annoncé comme disponible le 16 mars 2026. La RCA comptait 2,49 millions d'abonnements mobiles à fin 2025 (38,1 % de pénétration) et environ 670 000 internautes ; la 4G n'a été lancée commercialement qu'en 2025. L'ARCEP prévoit la mise en œuvre effective du fonds de service universel en 2026, avec un budget annuel de 6,2 milliards de FCFA. Point de vigilance : la hausse constatée des frais de transaction mobile money, sans explication publique, qui pèse directement sur les petits commerçants.
Sources : TRT Afrika/ Digital Business Africa/ Agence Ecofin/ Trace Infos
